Carter, Trump & Trudeau

Jimmy Carter à 94 ans est le président américain ayant atteint le plus grand âge. Le 5 avril 2019, pour le dimanche des Rameaux, il s’est livré à sa traditionnelle et hebdomadaire adresse à sa communauté de l’église baptiste Maranatha à Plains, en Géorgie. Il y a révélé la teneur (confirmée par la Maison Blanche) de sa conversation de la veille avec Donald Trump.

À l’inquiétude du président de constater que la Chine était en train de devancer les États-Unis, Carter, devant les siens, a relaté sa réponse : « c’est vrai et savez-vous pourquoi ? J’ai normalisé nos relations diplomatiques avec Pékin il y a quarante ans. Depuis 1979, savez-vous combien de fois la Chine a été en guerre avec qui que ce soit ? Pas une seule fois. Et nous sommes restés en guerre. Les États-Unis sont la nation la plus belliqueuse de l’histoire du monde [1], parce nous avons tendance à imposer nos valeurs américaines aux autres pays. La Chine, elle, investit ses ressources dans ses infrastructures telles que les chemins de fer à grande vitesse qui couvrent 18 000 milles. Combien de milles avons-nous ? »

Aucun, a répondu la congrégation.

« Nous avons gaspillé 3 000 milliards de dollars en dépenses militaires. La Chine n’a pas gaspillé un cent pour la guerre, et c’est pourquoi elle est en avance sur nous dans presque tous les domaines. Et si nous avions pris 3 000 milliards pour les mettre dans les infrastructures américaines, on aurait un chemin de fer à grande vitesse. On aurait des ponts qui ne s’effondrent pas. On aurait des routes correctement entretenues. Notre système éducatif serait aussi bon que celui de la Corée du Sud ou de Hong Kong » (Carter n’a hélas pas mentionné un système de santé public).

Au Canada, Trudeau se voit imposer par l’OTAN d’acheter pour 70 milliards de $ de bateaux de guerre Irving/Lockheed Martin et bientôt des dizaines de milliards pour des chasseurs bombardiers (que Boeing et Airbus déplorent aujourd’hui destinés à leur compétiteur Lockheed Martin, car c’est là où travaille le général Bouchard qui a mis la Libye à feu et à sang en 2011 pour le compte de l’OTAN et de Stephen Harper).

Ces armes multiplieront les réfugiés (70 millions, dit le Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU) qui en frappant aux portes de l’Occident, enfleront la réaction raciste d’extrême-droite, alors que la gauche continue de se taire à propos des dépenses militaires.

Que Réjean Hébert et Steven Guilbeault se présentent pour le parti libéral pour faire avancer leurs causes respectives, cela se conçoit. Mais qu’ils le fassent, sans remettre en question les monstrueuses dépenses militaires offensives qui leur enlèveront toute marge de budget pour les aînés et pour l’environnement, dépasse l’entendement.

PS Un écotrain rapide Québec-Windsor, refusé par Trudeau, aurait coûté 20 milliards de $ en 2016, pour rester dans la thématique soulevée par Carter.

[1] Le Pentagone a fait rimer démocratie américaine et massacres de masse au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Corée, en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie, sans oublier les tueries orchestrées dans l’ombre par la CIA, de l’extermination de la gauche indonésienne (500 000 morts) aux escadrons de la mort guatémaltèques (200 000 morts) en passant par les bains de sang pour le compte de l’empire par le djihad planétaire. Bruno Guigue, mondialisation.ca.