La paix est-elle encore une valeur canadienne?

Artistes pour la Paix et Pugwash Canada (document de Pierre Jasmin) 2017-03-23

Plus jeune que les puissances européennes et moins gros que les États-Unis, le Canada a la liberté de choisir, au lieu d’emprunter les voies du militarisme et du colonialisme, de travailler pour le bien commun mondial et la démocratie, non pas celle fondée sur les froids calculs économiques des entreprises et des 1 %, mais celle agissante qui s’inscrit dans la perspective des droits humains et de la compassion.

Quelques exemples non exhaustifs :

  • Prix Nobel de la Paix 1957, Lester B. Pearson fonde les Casques bleus de l’ONU;
  • En 1957 aussi, accueil en Nouvelle-Écosse par le Canadien Cyrus Eaton des Conférences mondiales Pugwash pour la science et les affaires mondiales qui recevront le prix Nobel de la Paix en 1995 pour leurs efforts à contrer la menace globale nucléaire;
  • En 1961, fondation de l’Institut canadien de recherche pour la paix (CPRI);
  • En 1963, Diefenbaker s’oppose à l’acquisition d’armes nucléaires par le Canada;
  • Grâce à des investissements généreux en faveur de la science et des arts, EXPO67 Terre des Hommes fait rayonner de Montréal une vision mondiale de solidarité;
  • En 1975, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (Jacques-Yvan Morin, co-auteur) suit de 27 ans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme;
  • En 1978, Pierre-Elliott Trudeau entreprend son audacieuse stratégie de « suffocation des armes nucléaires » à l’ONU; avec SALT II, elle serait responsable de la réduction du nombre de 70 000 bombes américaines et russes aux 15 000 actuelles;
  • En 1984, à partir des Performing Artists for Nuclear Disarmament (Belafonte & Ullman), se forment les Artistes pour la Paix sous la présidence de Jean-Louis Roux;
  • En 1990, contre l’avis des Thatcher et Reagan, Brian Mulroney obtient la libération de Nelson Mandela; emprisonné depuis 27 ans, devenu symbole de la résistance populaire, le futur président de l’Afrique du Sud vaincra l’apartheid;
  • En 1995, le général canadien De Chastelain entreprend en Irlande du Nord le désarmement des milices paramilitaires (Ian Paisley/Gerry Adams) et avec l’aide de Mairead Maguire (Prix Nobel de la Paix 1976) obtient la paix à un coût mille fois inférieur aux absurdes expéditions guerrières canadiennes envoyées par Harper en Afghanistan;
  • En 1997-8, Chrétien instaure le traité d’Ottawa contre les mines anti-personnel (Prix Nobel de la Paix 1997) et favorise l’émergence de la Cour Pénale Internationale de La Haye (1998) avec son fondateur et premier juge, le diplomate Canadien Kirsch;
  • En 2013, prix Nobel de la paix décerné à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW, en anglais), en particulier au militaire canadien Scott Cairns qui supervise en Syrie le démantèlement de l’arsenal chimique du tyran Bachar al-Assad;
  • En 2015, l’Élan global.org au Québec et le Leap manifesto de Naomi Klein élaborent un plan écologique viable en vue de la Conférence de Paris sur le climat;
  • En décembre 2016, la Fondation Michaëlle-Jean, dirigée par Jean-Daniel Lafond, organise au Musée des Beaux-Arts de Montréal et ailleurs dans le monde des expositions d’artistes musulmanes, afin de contrer l’islamophobie, aussi dénoncée le 23 mars par tous les députés libéraux, néo-démocrates et le Parti vert (M-103 par la député Iqra Khalid);
  • L’Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm (SIPRI) voit présentement deux Canadiens, Tarik Rauf et Aude-Emmanuelle Fleurant, diriger ses programmes de désarmement nucléaire et celui sur les dépenses militaires mondiales;
  • 940 membres de l’Ordre du Canada (Canadiens pour une convention sur les armes nucléaires), rassemblés par le Pugwashite émérite Murray Thomson, demandent au gouvernement canadien de se joindre à 135 pays, 7000 Maires pour la Paix (organisme basé à Hiroshima) et au Secrétaire général de l’ONU qui entreprennent de négocier l’abolition de l’arme nucléaire à partir du 27 mars 2017 à New York;

Hélas, à l’exception de son accueil libéral aux Premières Nations et aux réfugiés syriens de guerre, le gouvernement Justin Trudeau renie ces valeurs canadiennes :

  1. par la poursuite de plusieurs sombres politiques conservatrices;
  2. par ses dépenses militaires2 au profit de l’agressivité russophobe de l’OTAN;
  3. par ses pipelines de pétrole scandaleusement subventionné des sables bitumineux qui envahissent des territoires autochtones et aggravent le réchauffement climatique;
  4. par ses véhicules blindés de 15 milliards de $ vendus à son alliée l’Arabie saoudite, en guerre avec le Yémen et principal commanditaire de la terreur djihadiste salafiste et
  5. par sa complicité avec les États-Unis, l’OTAN et la Russie qui cherchent à contrer les efforts de l’ONU d’abolir les armes nucléaires.

2 le ministre de la Défense Sajjan prépare une extension du budget du 22 mars avec des dépenses accrues au goût de Trump, en refusant de reconnaître les conséquences désastreuses des bombardements de l’OTAN commandés par le général Bouchard sur la Libye en 2011; Trudeau aura le choix de la refuser.